Le Monde selon Monsanto

Publié le par houeb

Réédition sur Cinix de ce documentaire édifiant sur la firme agroalimentaire Monsanto. Et à l'occasion, une interview récente de Marie-Monique Robin, la réalisatrice du doc, histoire de faire le point.

L'interview :

"Monsanto est en train de perdre"

Gilles toussaint

Mis en ligne le 12/03/2009



Marie-Monique Robin dénonce la désinformation autour des OGM. "Le paradigme d’un modèle agro-industriel dont on observe les effets pervers."

Entretien

Sortie en collection "Poche", publication en 22 langues, un film qui fait le tour du monde... "Le monde selon Monsanto", document coup-de-poing de la journaliste Marie-Monique Robin, rencontre un succès qui dépasse les attentes de son auteur. Celle-ci était de passage à Bruxelles dans le cadre des conférences du 50e anniversaire de l’Institut des hautes études des communications sociales (Ihecs).


Votre enquête a-t-elle contribué à faire bouger les choses ?

Je constate qu’il y a une prise de conscience. J’ai été invitée devant les parlements canadien, brésilien et péruvien. Là, je viens d’être invitée par le président paraguayen. Cela bouge aussi en Argentine où, grâce au film, les journalistes ont commencé à se poser des questions. Le pays a été inondé de soja transgénique et de Roundup déversé par avion. Et aujourd’hui, les premières études sortent et font état de problèmes de santé - cancers, etc. - qui touchent notamment les enfants. En France, lors du débat parlementaire sur la loi encadrant les OGM, une partie du groupe de la majorité UMP a voté contre, ce qui était inattendu. Certains députés ont reconnu avoir été ébranlés par le film. Dans le même temps, l’un d’entre eux dénonçait les pressions exercées par Monsanto qui a tenté d’approcher chacun des 500 députés...


Pourquoi vous être attaquée à ce sujet ?

Je suis fille d’agriculteur et jusqu’il y a 5 ou 6 ans, je ne me préoccupais pas du tout des OGM. En fait, ce sont trois reportages consacrés à la perte de biodiversité, qui à mes yeux est garante de la sécurité alimentaire, qui m’ont fait découvrir la problématique du brevetage du vivant.


Mais quelle est la stratégie de Monsanto ?

Monsanto, c’est une machine industrielle animée par la logique du profit. Le but est de prendre le contrôle de la chaîne alimentaire par le biais des semences brevetées. Les OGM sont le deuxième avatar de la "révolution verte". La première phase, après la Seconde Guerre mondiale, était celle de la course à la hausse des rendements. Les paysans voulaient vraiment nourrir les gens et étaient encadrés par des organismes publics. La phase des OGM contient quant à elle tous les désavantages de la première, à savoir que c’est un modèle agricole lourd en capitaux qui n’est accessible qu’à une minorité. Cette deuxième révolution verte est aux mains des firmes privées et notamment de Monsanto qui est le premier semencier mondial. Ce n’est plus du tout contrôlé par les pouvoirs publics. Le but n’est pas de nourrir les gens, mais d’imposer des semences OGM brevetées et de faire signer des contrats aux agriculteurs qui les forcent à racheter celles-ci chaque année. On crée une dépendance irréversible, avec tout ce que cela implique en termes de pollution environnementale puisqu’il faut beaucoup d’intrants. Il ne faut pas perdre de vue que tous les OGM cultivés dans le monde ne sont que des plantes contenant un pesticide ou capable de résister au Roundup, l’herbicide vendu par Monsanto. Les OGM résistants à la sécheresse qu’on nous promet n’existent pas. Et il n’est pas certain qu’ils verront le jour tellement la résistance des plantes au stress hydrique relève de mécanismes complexes. Toute l’histoire de Monsanto est une accumulation de mensonges sur ses produits qui finissent par être interdits. Le but, c’est de faire du profit. D’un côté, on vous vend des semences qui résistent à l’herbicide et de l’autre on vous vend l’herbicide.


A côté des évaluations scientifiques ne faudrait-il pas inclure une évaluation socio-économique de leur intérêt ?

Les OGM - comme le soja résistant au Roundup qui représente aujourd’hui 70 pc des OGM dans le monde - ont été mis dans les champs sans aucune évaluation scientifique sérieuse. Mais simplement en se basant sur le principe d’équivalence en substance qui relève uniquement d’une décision politique de la Maison-Blanche. Ces plantes devraient faire l’objet de tests approfondis et être évaluées comme des pesticides. De plus, les OGM qui existent actuellement n’ont aucune utilité sociale. J’ai rencontré des agriculteurs argentins, canadiens ou américains qui s’étaient lancés dans ces cultures. Au début cela a marché, mais cela n’a pas duré longtemps. D’abord, contrairement à ce qu’affirme Monsanto, leur rendement est inférieur à celui des plantes conventionnelles. Ensuite, les mauvaises herbes deviennent résistantes au Roundup et ils ne parviennent plus à s’en débarrasser. La consommation de Roundup a quadruplé en Argentine et a été multipliée par deux au Canada et aux Etats-Unis, soit tout le contraire de ce que promettait la firme de Saint-Louis. Et comme c’est un herbicide total, il détruit aussi toutes les bactéries du sol qui finissent par mourir. Pour enrichir ceux-ci, ils veulent refaire des rotations de cultures, mais les résidus de plantes OGM qui restent sur le sol germent et résistent eux aussi. Donc Monsanto vient de mettre sur le marché un nouvel herbicide pour s’attaquer à ces plantes résistantes... On est dans un cercle vicieux complètement délirant. Enfin, le Roundup, contrairement à ce qu’affirme Monsanto, n’est pas inoffensif pour la santé. Sa dangerosité a encore récemment été mise en évidence par une étude française. Il est interdit au Danemark et l’Europe finira par suivre dans quelques années.


Comment expliquer la passivité des agences sanitaires ?

Parce que l’on est dans un système de globalisation où les intérêts des industriels priment sur tout le reste. Quatre-vingts pour cent des membres de ces agences ont des contrats avec les firmes de biotechnologie. Dans ce dossier, il y a un conflit d’intérêt permanent alimenté par Monsanto qui fait entrer ses hommes dans les agences de réglementation.


Que répondez-vous à ceux qui disent que les Américains mangent des OGM depuis 15 ans et qu'il n'y a aucun problème ?

C’est complètement ridicule. Cela fait 30 ans que je fume. Je n’ai pas encore de cancer, mais je vais peut-être l’avoir demain. Il faut mesurer la toxicité aiguë mais aussi la toxicité chronique. Les chercheurs américains sont très inquiets de l’explosion des allergies dans ce pays, surtout chez les enfants. Plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte, mais une des hypothèses est celle des OGM. Et pourquoi Monsanto a-t-il bataillé pour faire interdire l’étiquetage des OGM en Amérique du Nord ? Les sondages montrent que les consommateurs de ces pays voudraient pouvoir choisir, comme c’est le cas en Europe, et qu’ils n’en mangeraient pas.


Quand on voit les cas croissants de contamination, notamment dans les filières de nourriture destinée au bétail, leurs promoteurs ne sont-ils pas en train de les imposer par la bande ?

En Amérique latine, dans certains pays où les OGM étaient interdits, des trafics illégaux de semences ont, il est vrai, imposé un état de fait. Mais pour ce qui est du bilan général, il faut savoir que Monsanto piétine. Un récent rapport a récemment montré que contrairement à ce qu’affirme cette société, les cultures transgéniques reculent dans le monde. Je pense qu’ils sont en train de perdre, même si cela ne se fera pas sur un claquement de doigts. J’observe partout que la prise de conscience des citoyens par rapport à ce qu’il y a dans leur assiette est énorme. Notamment parce que l’on assiste à une explosion du nombre de cancers et que les gens font le lien avec la nourriture. Ce réveil des consciences passera par les consommateurs et, je l’espère, par les agriculteurs.


Web www.arte.tv/lemondeselonmonsanto




Le Doc :




Pour suivre l'évolution du mouvement anti-OGM : http://combat-monsanto.org

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